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Sir Finney, mythe et gentleman

Sir Finney, mythe et gentleman
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Sir Tom Finney in the famous splash photo

C’est avec tristesse que le monde du football a appris le décès ce 14 février de Sir Tom Finney, à 91 ans. FIFA.com a eu le privilège de s’entretenir en 2008 avec l’ancien ailier britannique qui fut acteur de trois Coupes du Monde de la FIFA en 1950, 1954 et 1958.

Il est fort possible que la plupart des visiteurs de FIFA.com n’aient jamais eu la chance de voir Tom Finney évoluer sous les couleurs de Preston North End ni même de l’Angleterre, son dernier match remontant à 1963.

Joueur cadre des Trois Lions, Finney n’a jamais connu qu’un seul club et fut considéré comme l’un des joueurs les plus doués de sa génération. A une époque où les mots « légende » et « superstar » sont utilisés inconsidérément, Finney peut se targuer d’avoir appartenu aux deux catégories, voire davantage.

Bill Shankly, ancien entraîneur emblématique de Liverpool et ex-coéquipier de celui qu’on surnommait « l’ailier fantôme », a dit de lui : « Tom Finney aurait excellé dans n’importe quelle équipe, n’importe quel match et à n’importe quelle époque, même s’il avait dû porter une redingote ! Il faisait tellement peur que ses adversaires lui collaient un type sur le dos même pendant l’échauffement ».

La légère tendance de Shankly à l’exagération ne devrait pas faire faire oublier à quel point Finney était respecté. Elu à deux reprises Footballeur Anglais de l’année, il inscrivit 30 buts en 76 apparitions avec l’Angleterre et a pu faire étalage de sa classe sur la plus grande scène au monde, disputant trois Coupes du Monde de la FIFA consécutives. Honorable pour un joueur qui, quelques minutes avant son baptême du feu, avait entendu son entraîneur lui dire : « Ne t’inquiète pas, petit gars, on n’attend pas grand-chose de toi de toute façon ».

Tom Finney aurait excellé dans n’importe quelle équipe, n’importe quel match et à n’importe quelle époque, même s’il avait dû porter une redingote ! Il faisait tellement peur que ses adversaires lui collaient un type sur le dos même pendant l’échauffement

Bill Shankly, ancien entraîneur de Liverpool, à propos de Tom Finney

Le gentleman de l’âge d’or
Décédé à 91 ans le 14 février 2014, Finney n’avait que 86 printemps lorsqu’il a accordé cet entretien àFIFA.com, et était toujours en bonne santé. Il se souvenait clairement de ses premiers matches en club et en sélection, tout comme des rencontres disputées lors de Brésil 1950, Suisse 1954 et Suède 1958. L’Angleterre fut certainement décevante lors de ces trois compétitions, mais Finney n’y changerait rien si tout était à refaire. « Je me rends bien compte de la chance que j’ai d’avoir participé trois fois à l’épreuve reine », confiait-il alors. « C’est une leçon d’humilité pour moi, surtout quand on pense à tous les grands joueurs qui n’ont jamais pu en disputer une seule, comme George Best par exemple. C’est toujours merveilleux d’être appelé en sélection nationale, c’est même le plus grand honneur qu’un footballeur puisse recevoir selon moi. Représenter son pays lors d’un événement universel a une saveur très particulière ».

« En 1950, 1954 et 1958, j’estime que l’Angleterre avait les joueurs pour gagner mais elle manquait d’organisation. Nous étions naïfs sur le plan tactique. Il a fallu attendre l’arrivée d’Alf Ramsey comme sélectionneur pour que les choses changent. Alf était un grand tacticien, et voir l’équipe menée par mon ex-coéquipier remporter la Coupe du Monde en 1966 a été l’une de mes plus grandes fiertés. Ce fut un grand jour pour l’Angleterre et j’adorerais que nous en gagnions une autre. J’espère voir ça de mes yeux ! »

Les Trois Lions avaient suscité beaucoup d’espoir en s’envolant pour Brésil 1950, espérant ramener la Coupe Jules Rimet. Mais le scénario fut tout autre : après un revers 0:2 face au Chili dans son match d’ouverture, l’Angleterre s’inclina 0:1 à Belo Horizonte contre les Etats-Unis dans un match de sinistre mémoire. FIFA.com a interrogé le principal intéressé sur les raisons de cette déroute. « Pourtant, nous avions fait ce qu’il fallait », plaisante Finney. « Ce fut un de ces matches où la défaite apparaît comme une fatalité. Nous avons trouvé le poteau plusieurs fois en première mi-temps, puis deux autres fois au retour des vestiaires. Ensuite, ils sont parvenus à marquer un but sur un incroyable coup de chance et ça a été comme un coup derrière la tête. Nous avons dû penser que les dieux du football étaient contre nous et nous avons baissé les bras. On aurait pu jouer contre eux 100 fois et gagner 99 fois sans problème. »

« La désillusion a été sévère. Nous étions partis pour Rio pleins d’entrain en pensant faire vibrer la nation entière et nous sommes rentrés comme des parias, vilipendés par la presse. Tout le monde s’imagine que les médias actuels sont impitoyables avec les joueurs, mais nous n’en menions pas large non plus en 1950 ! Le problème, pour moi, c’est que l’Angleterre participait à son premier Mondial. C’était quelque chose de nouveau pour tout le monde et nous ne savions pas ce qui nous attendait réellement. Cela dit, nous aurions dû faire mieux contre les Etats-Unis. »

Nous avons dû penser que les dieux du football étaient contre nous et nous avons baissé les bras. On aurait pu jouer contre eux 100 fois et gagner 99 fois sans problème.

Tom Finney, à propos de la défaite de l’Angleterre 1:0 face aux Etats-Unis à la Coupe du Monde 1950

Une défaite 0:1 face à l’Espagne au stade Maracana mit fin aux espoirs britanniques. Les regards se tournèrent alors vers la Suisse, désignée pays organisateur en 1954.

Duel avec Yashin
« La transition fut très étrange entre le Brésil, où la population est passionnée de football, et la Suisse, où tout est beaucoup plus mesuré », poursuit Finney. « Après avoir joué devant plus de 100 000 personnes au Maracana, on s’est retrouvés à jouer devant 14 000 spectateurs à Bâle contre la Belgique. Pourtant, notre formation était meilleure en 1954 et nous ne nous sommes inclinés qu’en quarts face à un excellent Uruguay. Ensuite, direction la Suède, où je n’ai disputé qu’une seule rencontre, face à l’URSS. Je me suis blessé en tout début de match mais j’ai tenu bon : pas question que je quitte la pelouse ! »

« Nous étions menés 2:1 quand l’arbitre nous accorda un penalty. C’est moi qui fus désigné pour tirer face à Lev Yashin. C’était un gardien hors du commun, réputé pour sa capacité à détourner les penalties et pour son imposante silhouette tout de noir vêtue. Peu importe, tout ce qui comptait pour moi, c’était de mettre le ballon au fond des filets. Je décidai alors de tirer du pied droit, mon pied le moins fort, car je savais que Yashin m’avait déjà vu tirer quelques penalties du gauche. Bien m’en a pris, car j’ai réussi à le berner ! »

« Si j’étais nerveux ? Et comment ! Lorsque je me suis avancé pour entamer ma course d’élan, certains de mes coéquipiers avaient le dos tourné tellement ils avaient peur de regarder. Vous imaginez un peu l’ambiance ! Malheureusement, ça a été ma dernière contribution à un Mondial. J’ai ensuite raté les matches contre l’Autriche et le Brésil à cause de ma blessure. Ce fut un véritable crève-coeur. Je mourais d’envie de jouer, surtout face au Brésil qui comptait dans ses rangs Pelé, Didi et Garrincha, trois de mes idoles. »

Si j’étais nerveux ? Et comment ! Lorsque je me suis avancé pour entamer ma course d’élan, certains de mes coéquipiers avaient le dos tourné tellement ils avaient peur de regarder. Vous imaginez un peu l’ambiance !

Tom Finney, à propos de son penalty face à Lev Yashin

« Mais je n’étais pas le seul à manquer à l’appel. Je pense que nous aurions pu faire beaucoup mieux lors de Suède 1958 sans le crash de Munich. Trois de nos quatre joueurs de Manchester United ont péri dans cet accident, notamment Duncan Edwards, qui aurait pu briller autant que Pelé dans ce tournoi. Tous deux étaient de grands techniciens, capables de dribbler les défenseurs et de marquer. Quel dommage qu’ils n’aient jamais pu croiser le fer en compétition internationale. »

De façon bien compréhensible, ses yeux se remplissaient de larmes à l’évocation de ce dernier souvenir. En Angleterre, Finney était l’archétype du « gentleman footballer ». Il n’a jamais été averti, exclu ni même réprimandé par un arbitre au cours de sa carrière, qui compte 510 matches. Toutes ces rencontres, il les a disputées sous les couleurs du club qui l’a vu grandir, Preston North End. Pour conclure, Finney livrait ses impressions sur l’évolution du jeu depuis les années 1950.

« Les bons joueurs veulent toujours jouer pour les meilleurs clubs et certains, comme moi, souhaitent rester fidèles au même club. Même à l’époque, j’étais déjà considéré comme une curiosité. Les footballeurs sont toujours tristes après la défaite et heureux après la victoire et il n’existe pas de plus grande satisfaction que d’être sélectionné par son pays et de remporter la Coupe du Monde de la FIFA. Les médias britanniques attendent toujours de l’Angleterre qu’elle gagne 100 % de ses matches. Alors au fond, les choses n’ont pas vraiment changé, n’est-ce pas ? »

Source : fifa.com

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